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Poésie : Affamé

Affamé

Affamé de tes yeux je reste sur ma faim
Ne pouvant chasser des miens le reflet de ta peau
Caricature grotesque mon cœur n’est qu’essaim
Car c’est de t’enlacer qui fait jouir mon cerveau

Mes rêves se jouent de moi, m’envoyant ton image
Dont je m’enivre volontiers, t’honorant de baisers
Mais à l’éveil ils chassent leurs mirages
Laissant mes mains creuses de ne point t’adorer

Poésie sans titre

De mes yeux sans larmes coulent ces vers
Car ils se meurent de ne point vous caresser
Et étendu dans les méandres de mon attente
Je rêve de vous.

De mes lèvres sans mots monte soudain une plainte
Celle de la douleur : votre absence me brûle
Et éperdu dans le néant de mes souvenirs
Je deviens fou.

De mes mains sans chaleur me revient un sourire
La douceur de votre peau m’enivre de son goût
Et déchiré dans les filets de mes désirs
Je tremble pour nous.

Poésie : Coeur d’Hiver

Cœur d’Hiver

Près de ma bougie je pense à toi
J’écris ces vers de mon sang
Couché sur le tapis je te crie mille fois
Je t’aime sans bon sens.
Tu es le vent qui fouette mes nerfs
Douce neige sur mon coeur bouillant
Pourquoi me mordre comme l’hiver
Toi qui n’est plus comme avant

Tu m’ignores et fais mine de m’oublier
Mais tu sais je t’aime toujours
Tu emprisonnes ma vie sous tes froides gelées
Et après, à qui le tour?

Près de ma bougie je pense à toi
J’écris ces vers de mon sang
Couché sur le tapis je te pleure mille fois
Je t’aime sans bon sens.
J’espère qu’un jour tu me le dises
Un jour nous unirons nos cris
Je suis fourbu de tes subtiles bises
Las de tes insondables poudreries

Tu es comme cet hiver raté,
Sans tempête, sans givre
Tu ne fais que me torturer
Me donner mal de vivre

Près de ma bougie je pense à toi
J’écris ces vers de mon sang
Couché sur le tapis je t’envie mille fois
Je t’aime sans bon sens.
Dur glaçon je t’aime
Même si tu sembles l’ignorer
Mais surtout reste la même
Tu risquerais de t’éveiller (
… douce effrontée)
Giboulée et frimas
Voilà ce que tu t’apportes
Moi je t’ouvre mes bras
Et toi tu me fermes tes portes

Et pourtant, douce froidure, je t’aime.

Ce soir je suis ivre
Douce cruelle de mes vers.
Tu n’as qu’un cœur de givre.
Tu n’es qu’un cœur d’hiver.

 

Guillaume Dumas,
secondaire IV (je crois)

Poésie : L’armada des Justes

 L’armada des Justes

Les bras croisés, je regarde passer le temps
Conscient de mon impuissance, sans en être content
L’humidité grise de l’automne empiète sur le présent
Ramenant à moi un passé trop souvent insistant

À l’approche du demain, hier s’accroche à mes hardes
J’anticipe avec crainte ce changement de la garde
Je me suis retrouvé acculé par erreur, par mégarde
Non, je ne saurai endurer cette loque pleurnicharde

Je dois trouver la voie, m’élever de cette stagnation
Je songe même à altérer drastiquement la situation
Ne suis-je pas celui qui tue sans haine ou sans passion,
Avance et croît sans remords au fil des saisons?

Mais je regarde dans mon sillage une rivière de sang
Considère ma danse avec la mort, ses fruits, son présent
Cette route juste est cruelle, elle dévore ses enfants
Et rares sont les héros qui n’en désertent les rangs

Le monde est devenu blessures soignées et avocats
Harcelée par ces civilités, la voie de la mort périra
Décimé par l’accord et le civisme, son héro s’effacera
L’armada des justes peu à peu s’est fait guérilla

Les bras croisés, je regarde passer le temps
Conscient de mon impuissance, sans en être content
L’humidité grise de l’automne empiète sur le présent
Ramenant à moi un passé trop souvent insistant

______________ Goetys 15 octobre 2012

Steampunk Exposition 2017

 

Notre passage au
Grand Canadian Steampunk Exposition

C’est épuisés mais heureux comme des boulons dans l’huile que Guylaine et moi rentrons du Grand Canadian Steampunk Exposition 2017, à Niagara-on-the-Lake, en Ontario. Ce fut une expérience unique en son genre, une explosion de douce folie qui nous a conquis tous les deux.
Comprenez d’abord que toute l’affaire est beaucoup plus intime que ce à quoi je m’étais attendu en premier lieu. Le site enchanteur de Fort George est assez vaste pour que les quelques centaines de visiteurs s’y sentent totalement à leur aise. On ne se marche pas sur les pieds, loin de là! Quelques bâtiments de bois cernent un vaste espace dégagé où on a monté des pavillons de taille variée. Vendeurs de trésors, marchands de victuailles et expositions étranges occupent plusieurs petites tentes qui entourent le grand chapiteau dressé au centre de la cour.
L’organisation est souple, ses organisateurs et bénévoles sont adorables. On comprend rapidement que tous sont fort excités de nous livrer le meilleur d’eux-mêmes. Je crois que la passion débordante de tout ce beau petit monde y est pour beaucoup dans le grand succès de l’entreprise.

Vendredi soir fut une expérience explosive. Afin de débuter en beauté et de rencontrer de près les acteurs principaux de ce festival de l’étrange, nous avons choisi de participer à un événement d’introduction exclusif, un petit cocktail d’accueil au parfum de meurtre et mystère, the Perforated Messenger. Quelques-uns des artistes de la fin de semaine étaient sur place. Nous y avons fait de très belles rencontres.
Sous le chapiteau, des acrobates introduisent la soirée en exécutant un numéro de voltige. Les organisateurs nous livrent ensuite un très court mot de bienvenue. On commente la chaleur puissante. On rit un peu.
Punch Drunk Cabaret entre ensuite sur scène. Le trio de l’Alberta nous livre un rockabilly puissant et endiablé. Leur énergie est impressionnante. Je bondis sur ma chaise au son de la contrebasse, me dandine avec joie au son de Beard of Bees, leur succès le plus connu par ici. Malgré ce tourbillon de notes l’audience est un peu timide. Certains dansent vers l’arrière mais on hésite à conquérir l’avant du parterre.
À mon plus grand plaisir apparaît ensuite sur scène une créature au visage couvert de tentacules, le crooner HP Lovebox, un des personnages du délicieux Tom Baker. Le Grand Ancien nous chante quelques pièces connues remaniées avec art. Imaginez mon sourire!


C’est ensuite au tour du Professor Elemental de faire bouger la salle. La superstar du monde steampunk est en grande forme. Il chante pour nous plusieurs de ses succès : All in together, Inn at the end of time, Fighting Trousers. Tout le monde danse, saute et chante. À un point de sa prestation, il descend dans la foule et improvise ses vers en interagissant avec le public. Il nous livre même un court hiphop à mon sujet, me donnant des conseils afin de me trouver un éditeur.

 

C’est sous un soleil puissant que nous avons passé la journée de samedi. Malgré la température presque trop clémente pour nos costumes élaborés, nous avons accumulé beaucoup de merveilleux souvenirs. Je soulignerai seulement deux de mes coups de cœur :
Le premier est le Batfrog Habitat monté sur place par les membres de Frenchy and the Punk. Cet oasis de paix et de fraicheur rappelait une tente chamanique et offrait une pause spirituelle dans la pénombre et la tranquillité.
Le second est le Hullaballoo An Anomalous Revue, un spectacle de variété mariant habilement magie, danse et musique. Nous avons bien rit. J’ai été impressionné par le son unique des Vaudevillians, un trio de musiciens qui évoque avec brio les années de la prohibition. La dextérité de la dame qui joue de la planche à laver nous a laissé sans mot.

Le spectacle de samedi soir était survolté. La petite foule de joyeux énergumènes était belle à voir. Des amateurs de steampunk de six à quatrevingt-six ans se sont rassemblés sous le grand chapiteau après une journée digne d’une canicule.
Frenchy and the Punk ont ouvert la soirée avec leur belle énergie. L’audience s’est vite massée sur le parterre pour danser et chanter au son des pièces rythmées. Ils nous ont livré plusieurs succès (Don’t fear the rabbit, Steampunk Pixie, etc.) et ont épaté tout le monde avec un double solo de percussions à couper le souffle.
C’est enfin au tour de Abney Park de monter sur les planches. Très attendus par la communauté, ces incontournables du monde steampunk sont des artistes à la renommée internationale. Ils sont sept sur scène, alliant avec art les cuivres, le violon, le clavier. Le bassiste et le guitariste sont en feu. Captain Robert, le leader de la bande, mène son équipage avec brio. Ils ont joué plusieurs de mes pièces favorites dont Throw them overbord et Two Elixirs. La foule est en délire. On danse et crie beaucoup.


Après le spectacle, en fin de soirée, on prie les plus jeunes d’aller au lit et on annonce le début imminent du Starlight Speakeasy, une prestation aux sujets plus matures. On peut y déguster des prestations des Vaudevillians qui reviennent avec des chansons aux textes grivois. Little Mae nous fait danser le charleston. Tom Baker et sa marionnette Hugo nous livrent un numéro de ventriloque peu ordinaire.

 

La chaleur ne nous a laissé aucun répit dimanche. J’ai opté pour un costume plus léger, laissant de côté mon long manteau de toile noire et mon magnifique veston cousu d’engrenages. Guylaine s’est armée d’un éventail et d’un parasol de dentelle.
Après avoir assisté au Compliment Duelling, une série de joutes des plus civilisées, nous avons participé au Western Tea Duelling avec la délicieuse Madame Askew. Je suis fier de vous annoncer que je fus nommé le champion du jour! Mon biscuit imbibé de thé ne s’est pas brisé malgré mes tactiques cavalières de déstabiliser mon adversaire.
En après-midi, nous avons participé à la course de théières motorisées, the Splendid Teapot Racing. La compétition fut rude. Soudoyer les juges est de mise si on veut avoir une chance de triompher. Je suis fier de vous annoncer que notre bolide, Velvet and Lace, a remporté le premier prix avec son apparence à couper le souffle. Quel honneur!

En fin de journée, nous disons à la prochaine à Fort George et au du Grand Canadian Steampunk Exposition avec la ferme intention de revenir l’année prochaine. Notre seul regret est de n’avoir pas eu le temps de tout voir (steampunk lego, steampunk art, history of flight, etc). Et je n’ai pas parlé de la démonstration d’oiseaux de proie, du duel d’art où chacun n’a que quinze minutes pour produire son œuvre, du spectacle aérien d’authentiques avions anciens ou des nombreuses présentations thématiques.

 

Nous avons hâte à l’année prochaine !

 

Apocalypses Laurentiennes : 12/18

 

Apocalypses Laurentiennes 

La cave

 

Je ne sais pas si nous serions finalement retournés à l’intérieur avant l’aube s’il ne s’était mis à pleuvoir à boire debout. Il dut s’écouler près de vingt minutes entre notre horrible découverte et le moment où un éclair soudain illumina la nuit, unique avertissement des torrents à venir. Nous sursautâmes tous lorsque sa clarté trop blanche nous révéla les uns aux autres nos visages déchirés par la peur. Le tonnerre ébranla presque immédiatement le silence surnaturel qui régnait sur la forêt. Comme mue par ce signal céleste, l’averse choisit ce moment pour déverser ses premières trombes sur notre groupe stupéfié.

Fouetté par la pluie, Max courut le premier vers l’abri suivi de près par Émile et Zacharie. Détrempés en un clin d’œil par l’averse diluvienne, ceux qui comme moi avaient été témoins de l’apparition de la baignoire n’hésitèrent qu’un moment de plus avant de flancher devant l’urgence de nos instincts. Peut-être après tout avions-nous imaginé ces petits doigts crispés enduits de limon.

À l’intérieur, Simon rassembla quelques poignées de papiers et de morceaux de bois à l’aide desquelles il entreprit de bâtir un feu dans la vieille truie de fonte. Nous nous assemblâmes autour du poêle en silence, grelottants. L’aventure imaginée la veille par les cinq insouciants commençait à révéler son véritable visage. Dieu sait comme je me suis alors retenu de servir un I told you so amer à l’adresse de Maximilien. Je peux te dire que l’alchimiste en herbe évitait carrément de croiser mon regard.

Deux des chaises furent bientôt converties en bois de chauffage et nos craintes s’amenuisèrent peu à peu avec la montée de meilleures flammes. Nos frusques détrempées séchèrent un peu. Nos esprits engourdis de jeunesse se rassurèrent. N’étions-nous pas venu ici pour vivre l’horreur ? N’étions-nous pas des guerriers sans peur ? Avant la fin de l’heure nous choisîmes de tenter une nouvelle équipée vers la chambre fermée. Ironiquement, plus enclins à tester notre chance avec le mal que d’affronter la pluie glaciale, nous décidâmes de nous attaquer à la porte barrée plutôt que de retourner par l’extérieur à la fenêtre brisée. Max, Charles et Simon travaillèrent tour à tour contre la barrière jusqu’à ce que celle-ci cède sous leurs assauts déterminés.

Une fois l’accès libéré notre courage éphémère nous déserta hâtivement. Malgré nos projets grandioses, personne n’osa s’approcher du bain. Je m’imaginai pour ma part la forme d’une dépouille étendue sur le dos, sous l’eau, les mains toujours fermées sur le manche blanchi maintenant affaissé sous la surface. L’image me pétrifia. Zacharie s’avança le premier, suivi de Tonte puis des autres. Seul Simon entra après moi. Nous passâmes tous un à un à bonne distance du cercueil aquatique afin de nous rassembler autour de la trappe béante. Nous bougions sans quitter la baignoire des yeux ni proférer le moindre son. Au bas de l’échelle, la lumière de nos lampes reflétait sur une nappe d’eau tout aussi insondable que le liquide immobile emplissant le bain.

Ce fut sûrement cruel de ma part de braver Émile de descendre jeter un œil. Tous savaient que le pauvre n’avait jamais su tourner le dos à un défi, aussi imprudent ou suicidaire fut-il. Il était plus jeune, le dernier arrivé parmi nous. Mis à part Zacharie qui, en étranger, ne pouvait réellement être compté dans notre lot, le frère de Pépierre était celui qui en connaissait le moins sur le monde des ombres. Son insécurité le poussait sans cesse à chercher à se prouver à nos yeux. Je savais cela et je choisis sans m’en excuser d’utiliser cette faiblesse.

En bas, après maintes hésitations, Émile plongea le pied dans près de quinze pouces d’une eau stagnante. Debout au centre du carré mouvant de lumière dessiné par la trappe il nous parut étrangement isolé du reste du monde. Vu d’en haut on eut cru qu’il flottait seul au sein d’un vide insondable. Pas un seul d’entre nous n’osa élever la voix. Nous étions tous aux aguets, la plupart prêts à nous enfuir en laissant là notre éclaireur en herbe. Conscient de notre fébrilité, Émile explora rapidement les environs sans quitter l’aura de nos lampes, balayant seulement le sous-sol à l’aide de sa propre torche. Rassuré de n’y trouver nulle créature démoniaque, il s’empressa de nous faire signe de le rejoindre. Max, Simon et moi fûmes en bas en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

Sitôt les pieds dans l’eau je perçus la rumeur de la présence maligne. L’invisible ici était aussi achalandé que celui de cet immeuble abandonné où Max et toi avez surpris la junkie et son bébé l’été précédent. Je crois que je n’ai pas à te rappeler cet épisode. Tu n’es pas sans savoir que lui et moi y sommes retournés à maintes reprises une fois ma carcasse revenue en ville. Notre rêveur m’a dit que tu avais su sentir ce qui dormait là-bas. Tu te souviens de la nausée, de l’impression d’être observé, de l’élan de claustrophobie ? Et bien crois-moi lorsque j’affirme que l’un comme l’autre s’équivalent sur l’échelle du malin. Cette cave était aussi un lieu sali, une terre profanée.

Luttant contre ces impressions étrangères, j’ordonnai à Charles et à Zacharie de rester au rez-de-chaussée au cas où quelque chose nous arriverait. Mon commentaire à lui seul eut l’effet escompté. Je vis sur leurs visages qu’ils ne braveraient pas mon interdiction. Émile s’avança durant ce temps jusqu’au fond de la chambre en compagnie de Max mais le duo n’y trouva que quelques caisses vides et les ruines d’une vieille bicyclette dévorée par la rouille. Voir leurs lumières m’aida toutefois à juger de la distance.

Nous nous trouvions dans une longue pièce au plafond bas équivalant en superficie à la salle de la baignoire et au bureau combinés. Quelques madriers s’élevant depuis le sol liquide suggéraient à mi-distance l’emplacement de la cloison séparant ces deux chambres. Les murs étaient composés de rangs serrés de planches d’érable larges de près d’un pied. Le bois gorgé d’eau était par endroit si noirci de pourriture qu’il avait cédé sous la pression et laissait entrevoir une terre noire enchevêtrée de racines avides. On eut dit que celles-ci avaient attaqué le bâtiment depuis l’extérieur, défonçant lentement au fil des ans l’enceinte de cette cave détrempée. Toujours sous l’échelle, je crois que je me tenais alors dans le coin nord-est de la cabane.

Sur ma gauche, Simon était plongé dans l’inspection minutieuse d’une porte barricadée. Je le rejoignis prudemment et m’inquiétai à la vue de ses traits tirés. Avant que j’aies la chance de formuler la moindre question, il me désigna sans dire un mot les anciennes traces de craie à peine visibles sur les travers de bois cloués contre le battant. On eut dit un symbole maladroit, un dessin exécuté par la main d’un enfant ou encore celle d’un mourant.

Nous échangeâmes un regard lourd. Notre compréhension imparfaite des actes posés en ces lieux nous laissait entrevoir des cauchemars aux implications terrifiantes. Qui avait dessiné ce glyphe et pourquoi ? Nous reconnaissions tous les deux ce symbole étrange et cette seule vérité suffit à nous glacer le sang. Bien que sa signification exacte nous échappe encore aujourd’hui, le mystère de son origine nous sembla alors trop clair. Nous avions la veille vu ce même dessin dans le livre maudit de Beaubonhomme.

Je me souviens m’être précipité sous la trappe pour demander au Français de me passer l’ouvrage. De retour près de la porte, les pages noircies soumises à l’assaut de nos quatre lampes réunies, je retrouvai aisément le symbole représenté sur les planches de bois. Il ne s’agissait encore une fois que d’une référence incomplète traitant d’un passage manquant. L’image représentait le glyphe et ses diverses dispositions astrologiques. Au dessus de l’illustration, le texte lui-même était fort court. La moitié de la première phrase était manquante, emportée par les actes du vandale. Celui-ci avait arraché à cet endroit près d’une dizaine de pages consécutives. Ce que j’y lu suffit toutefois à m’effrayer aussi prétendis-je me trouver en présence d’un dialecte inconnu. La calligraphie presque illisible de l’auteur sut heureusement couvrir mon mensonge éhonté. Je savais bien que Maximilien ne manquerait pas d’y jeter un coup d’œil plus tard mais je me rassurai en me convainquant que ces secrets resteraient néanmoins à l’abris des autres. Je lus seulement à mes compères la légende griffonnée sous l’illustration. Le texte en avait de toute façon été tracé avec plus de netteté et ne pouvait donc passer aussi aisément pour du babil d’origine douteuse.

« When aligned correctly, the symbol of Thurg’Nahal will lock the access to the place thus protected against the ones who are thoughts but not yet matter. »

Je compris qu’il s’agissait vraisemblablement là d’un glyphe de protection mystique. Quelqu’un avait cherché à barrer cette pièce aux entités astrales. Nous nous dîmes que le contenu de cette salle close devait être particulièrement précieux. Notre excitation devint presque palpable.

Oubliant toute prudence je priai mes acolytes de patienter un moment tandis que je prélèverais ces planches avec le plus grand soin. Je me mis au travail avec minutie. Je tenais à m’assurer de ne pas perturber la magie de ces dessins enchantés. Jeune idiot que je fus. Je perçus mon erreur sitôt la première des lattes retirées. Un froid immatériel glissa autour de moi et se lova contre les âmes innocentes de mes compagnons. Seul Max tourna la tête dans ma direction, incertain de ce qu’il venait de ressentir. J’aurais dû comprendre que de déplacer ne serait-ce que l’une des planches couvertes de traits de craie causerait la chute de l’équilibre magique du pentacle. J’avais désacralisé cette protection subtile ; je sus que je ne pouvais à présent reculer.

Ce qui avait été jusqu’ici protégé derrière cette marque était à présent à la merci des nombreux démons habitant les lieux. Je sentis d’instinct l’urgence de la situation. J’étais le fautif. Quelque chose devait être tenté et vite. Pris d’un élan de panique, j’entrepris sans même y réfléchir de libérer l’accès à toute vitesse. J’arrachai les planches sans difficulté et franchis le seuil en hâte, inconscient des dangers qui pouvaient m’attendre de l’autre côté. Max me reteint juste à temps. Sans lui, je crois sincèrement que ce premier pas vers l’inconnu m’eut été fort dommageable sinon carrément fatal.

Je remercie encore souvent son réflexe béni.

Max m’a expliqué que le bruit soudain de l’eau s’écoulant rapidement par la porte ouverte l’avait averti du danger. Il m’agrippa par le bras et brisa mon élan juste comme je m’élançai en avant. Un souffle avant que je n’aie le loisir de protester mon sauveur braqua le faisceau de sa lampe vers la surface d’une nouvelle nappe d’eau située près de trois pieds sous le niveau de la pièce précédente. Max venait de m’éviter une chute dangereuse.

À SUIVRE >>>
L’idole grotesque

 

Poésie : Sauvage

 

Sauvage

Je suis une bête sauvage
Être de ronces et de magie
La voix des autres m’enrage
Elle écorche mes sens aigris

Devenu maître avant mon âge
Peut-être ai-je déjà trop vieilli
Je marche avec trop de bagage
Mon âme est une ménagerie

Je suis une bête sauvage
Être de pulsion et d’envies
La mort nue lèche ma cage
Reculez ou gare à vos vies.

9 septembre 2015