Vikingar : Jörmungandr

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Jörmungandr

« Si j’ai déjà navigué loin de ce pays? Haha. J’ai mené mon drakkar jusqu’aux confins de Midgard, mon jeune ami. J’ai navigué si loin que j’ai vu le dos du serpent Jörmungandr effleurer les flots.

« Sais-tu que Jörmungandr est aussi appelé le Serpent de Midgard? Il est le fils du dieu Loki, le frère du loup Fenrir et de Hel, déesse des morts. À sa naissance, Odin le jeta dans le grand océan qui encercle Midgard mais le monstre marin survécut. Il devint si grand qu’il put encercler le monde et se mordre la queue.

« Les scaldes chantent que le Ragnarok débutera le jour où Jörmungandr lâchera sa queue. Des raz-de-marée balayeront alors le monde. Avant la fin, il sera défait par Thor. Le dieu victorieux mourra toutefois peu de temps ensuite, emporté par le venin du Serpent de Midgard. »

Écrit pour Vikingar,
printemps 2017

Vikingar : Hugin & Munin

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Hugin & Munin

« Un moment. Tais-toi et regarde. Un corbeau vient de se poser sur cette branche. Cela signifie peut-être que Odin entendra parler de nous demain. Il est temps de briller, de montrer ta valeur, car le chef de tous les Ases entendra tes exploits et mes histoires.

« C’est peut-être Hugin ou encore Munin qui se tient là, jeune viking. Quoi? Tu ne connais pas les corbeaux sacrés d’Odin? Hugin est pensée. Munin est mémoire. Tous deux survolent chaque jour les neuf mondes pour le compte du puissant Odin. Ils lui rapportent à l’aube tous ce qu’ils ont vu et entendu, gardant le dieu au courant de tout ce qui se passe.

« Alors gonfle le torse et tiens-toi droit. Demain, les dieux entendront parler de toi. »

Écrit pour Vikingar,
printemps 2017

Poésie : L’armada des Justes

 L’armada des Justes

Les bras croisés, je regarde passer le temps
Conscient de mon impuissance, sans en être content
L’humidité grise de l’automne empiète sur le présent
Ramenant à moi un passé trop souvent insistant

À l’approche du demain, hier s’accroche à mes hardes
J’anticipe avec crainte ce changement de la garde
Je me suis retrouvé acculé par erreur, par mégarde
Non, je ne saurai endurer cette loque pleurnicharde

Je dois trouver la voie, m’élever de cette stagnation
Je songe même à altérer drastiquement la situation
Ne suis-je pas celui qui tue sans haine ou sans passion,
Avance et croît sans remords au fil des saisons?

Mais je regarde dans mon sillage une rivière de sang
Considère ma danse avec la mort, ses fruits, son présent
Cette route juste est cruelle, elle dévore ses enfants
Et rares sont les héros qui n’en désertent les rangs

Le monde est devenu blessures soignées et avocats
Harcelée par ces civilités, la voie de la mort périra
Décimé par l’accord et le civisme, son héro s’effacera
L’armada des justes peu à peu s’est fait guérilla

Les bras croisés, je regarde passer le temps
Conscient de mon impuissance, sans en être content
L’humidité grise de l’automne empiète sur le présent
Ramenant à moi un passé trop souvent insistant

______________ Goetys 15 octobre 2012

Vikingar : Ratatoskr

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Ratatoskr

« Tu me parais un homme franc et droit, mon ami. Bien. Continue ainsi. Je n’aime guère les médisants. Ils vont et viennent sans cesse, porteurs de ragots et de venins. Un de mes compagnons d’arme était ainsi. Nous l’appelions Ratatoskr. Ce nom ne te dit rien? Et bien écoute.

« Ratatoskr est un grand écureuil qui court sur le tronc de l’Yggdrasil. Cette mauvaise langue rapporte sans cesse au serpent Nidhogg les propos haineux de l’aigle sans nom qui survole l’arbre-monde. Il remonte ensuite, transportant les paroles venimeuses du grand serpent jusqu’à l’oiseau. On dit que tant qu’il entretiendra la haine entre Nidhogg et l’aigle sans nom, l’écureuil n’a pas à les craindre.

« Ne soit pas comme Ratatoskr, jeune ami. Personne n’aime les colporteurs. »

Écrit pour Vikingar,
printemps 2017

Vikingar : Himminbrjotir

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Himminbrjotir

« J’adore une bonne histoire de pêche. Pas toi? Ma favorite est celle de Himminbrjotir.

« Himminbrjotir était un gigantesque taureau au poil sombre appartenant au géant Hymir. L’animal était si grand qu’il devint la convoitise des dieux. Son nom signifie Beugleur-du-Ciel.

« Un jour, Thor et Hymir tentèrent d’attraper Jormungandr, le serpent de Midgard. Thor tua Himminbrjotir en lui brisant les vertèbres. Il lui trancha la tête afin de s’en servir comme appât. Le serpent de Midgard l’avala mais les cornes du taureau s’accrochèrent dans sa gorge. La douleur fit émerger Jormungandr. Le grand serpent effrayât Hymir qui fit perdre à Thor cette prise fantastique.

« Mais certains racontent une autre histoire. Ils prétendent que le géant coupa plutôt le trait du dieu afin de libérer le serpent de Midgard. Imagine, jeunot, la colère de Thor. C’eut été la fin du géant Hymir, crois-moi! »

Écrit pour Vikingar,
printemps 2017

Vikingar : Nidhogg

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Nidhogg

« Rêves-tu parfois des dieux, jeune ami? Moi je rêve constamment d’eux. Je rêve de l’Yggdrasil, l’arbre monde sur lequel repose les neuf royaumes.

« J’ai rêvé hier soir du dragon Nidhogg, celui qui frappe férocement. Il était lové autour des racines de l’arbre sacré, rongeant son bois magique jusqu’à la fin des temps. Son corps décorait la voûte de Niflheinm, un monde sombre et glacial d’où toutes les rivières sont issues. Lorsqu’il n’attaquait pas l’Yggdrasil, il se repaissait de l’âme de ceux qui se sont comportés de manière indigne pour un guerrier : parjures, meurtriers et adultères.

« Dans mon songe vint enfin le Ragnarok, la bataille de la fin des temps. J’ai alors vu Nidhogg s’envoler avec dans ses ailes des cadavres par dizaines. Il survola la plaine ensanglantée et acheva ainsi les chants de tous les scaldes. »

Écrit pour Vikingar,
printemps 2017

Vikingar : Fafnir

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Fafnir

« Prend garde à l’avarice, mon ami. C’est une bien mauvaise conseillère. N’en écoute pas les murmures de crainte de finir tes jours comme le nain Fafnir.

« Fafnir était un nain brave et puissant qui gardait avec ses frères la maison de son père regorgeant de trésors. Un jour l’avarice le poussa à tuer Hreidmar, le roi des nains, son père. Il se transforma en dragon et s’enfuit dans les bois pour y protéger son trésor. Sa malice était si puissante qu’il empoisonna la forêt aux alentours, cherchant à tenir les voleurs à l’écart.

« Son frère Regin orchestra sa mort en employant le héros Sigurd. Le nain devenu dragon périt seul, son trésor dérobé. On raconte que son sang avait des propriétés magiques, qu’il permettait entre autre de comprendre le langage des oiseaux. »

Écrit pour Vikingar,
printemps 2017

Vikingar : Baugi

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Baugi

« Laisse-moi te parler du géant Baugi et de l’Hydromel Poétique, une boisson magique qui baigne de connaissance celui qui la boit. Laisse-moi te raconter comment le dieu Odin sut dérober le breuvage grâce à l’aide du colosse.

« L’Hydromel magique était jadis gardé par le frère de Baugi, Suttungr. Odin sut user de ruse et trompa Baugi qui n’eut d’autre choix de lui venir en aide. Il arrangea d’abord le décès de neuf des esclaves du géant. Il offrit ensuite ses services afin de les remplacer en échange d’une gorgée de l’élixir légendaire. Lorsque Suttungr refusa de partager le breuvage, Baugi perça un trou dans la montagne afin qu’Odin puisse le lui dérober. Le dieu se changea en serpent afin de se glisser par l’ouverture et sut s’enfuir avec son trésor inestimable. »

Écrit pour Vikingar,
printemps 2017

Apocalypses Laurentiennes 18/18

 

Apocalypses Laurentiennes 

Affaires courantes

Voilà. Tu connais à présent toute l’histoire. Le récit imaginaire de nos aventures a fait le tour de l’école. On a fait mention de notre escapade dans certains journaux même si aucun journaliste n’a réellement voulu gaspiller beaucoup d’encre sur notre cas. Qui sympathise longtemps avec le sort d’une bande de jeunes drogués perdus en forêt durant une nuit d’orages violents ? La police a bien posé quelques questions mais comme elle n’a rien su tirer de nous lors des premiers interrogatoires, personne n’a cru bon de laisser le dossier ouvert très longtemps. Seule la famille d’Émile n’a pas avalé l’histoire de sa fugue. Je ne crois pas que Pépierre m’a reparlé plus de trois fois depuis. Quoi lui dire de plus de tout façon ? «Oh, en passant Pép, t’ais-je déjà raconté qu’Émile s’est fait déchiqueter par un croque-mitaine amérindien ? Oui oui, j’ai même foutu mon pied dans ses restes par inadvertance.» Non. Mieux vaux le laisser espérer qu’Émile reviendra un de ces jours de son périple imaginé dans le sud que de lui révéler la vérité.

C’est fou comme l’esprit humain tente désespérément de rationaliser l’inconcevable. Est-ce par besoin de sécurité que le pauvre Zacharie a choisi d’avaler nos histoires plutôt que de confronter les faits ? Est-ce pour se protéger des questions qu’il pourrait me poser que Pépierre évite de traverser le quartier où j’habite aujourd’hui ?

J’ai souvent songé retourner là-bas pour récupérer ce qui reste des pages, la statuette ou encore le sceptre dragonnier disparu sous les eaux de cette satanée baignoire mais je n’ai jamais su m’y résoudre. Ai-je besoin de me justifier ? Toutes les horreurs que j’ai connues depuis ne m’ont jamais totalement affranchi des images macabres qui me hantent encore la nuit. J’ai trop souvent rêvé du fantôme d’Émile dressé deux pas derrière celui de Beaubonhomme, tous deux prisonniers des forces de ce démon d’outre monde. Ils sont toujours là-bas. Ils n’y sont pas seuls. Des dizaines de personnes attendent avec eux la fin d’un compte à rebours sinistre. Ils y attendent que vienne le moment de leur libération, leur retour, leur récompense. J’ai toujours espéré qu’il ne s’agissait là que de remords et d’anxiétés joués la nuit par mon esprit pour me pointer mes doutes du doigt. J’ai toujours escompté que le fait de ne jamais référer à l’incident l’aiderait à s’enfoncer pour toujours dans l’oubli mais tout ce temps je me suis visiblement bercé dans la sécurité de mes propres illusions.

Tu sais peut-être que Maximilien et moi chassons toujours couramment les phénomènes curieux. Nous recherchons les cas les plus étranges et les événements inexpliqués afin de presser chaque semaine un peu plus de savoir interdit de ce monde si mal connu. Nous épluchons les journaux pour y chercher des indices et des corrélations. Nous acquerrons et consultons des livres que plusieurs croient n’exister que dans les contes dérangés d’auteurs farfelus. Nous hantons les sites de meurtres, d’accidents et de cultes aux croyances parallèles en quête de vérités tissées à même la trame du monde. Lui et moi agissons le plus souvent seul, ne rassemblant le cumul de nos recherches respectives qu’une fois nos dossiers bien étoffés.

La semaine dernière, Max est arrivé chez moi avec une chemise fort épaisse emplie de coupures de journaux et de photocopies. Il m’a révélé qu’il travaillait depuis un moment sur un dossier qui m’a pratiquement fait faire une crise de cœur. Je crois que tu devines aisément le sujet sous-jacent à tous ces documents. Je ne me perdrai pas en détails puisque je t’envoie avec cette lettre la totalité de ce qu’il m’a laissé mais sache que nous croyons que la chose a déjà fait trois victimes. Deux des trois sont de jeunes adolescents de la région de Lac-Chat, au cœur des Laurentides. Leur véhicule fut retrouvé aux abords d’une ferme abandonnée. Le dessin d’un personnage singulier aurait été découvert sur les lieux, un cyclope courtaud rendu gauchement sur la portière côté conducteur. Le croquis qu’a fait l’agent questionné par Max m’a scié. Le troisième disparu est un jeune professeur de langues employé par un institut privé de Portneuf. Sa femme a signalé son absence au début de juin dernier. Max m’a emmené voir de mes yeux le boisé situé derrière la maison. Benoît, il y a là une dizaine d’arbres dont les branches semblent toutes avoir été tordues vers le haut. Je tremble encore lorsque je resonge à l’impression que m’a faite cette petite clairière.

Il s’était tenu là. Son pouvoir répugnant avait touché ces lieux.

Jamais je n’aurais consenti à retourner vers cette cabane infernale avant d’avoir vu moi-même cette clairière cintrée de végétaux déformés. Je couche ces mots sur papier uniquement parce que je crois le danger bien réel. Awaë Wargdjan a été dérangé à nouveau. Plus de sept ans après les horreurs de notre rencontre dans les bois, ce démon préhistorique revient hanter mes cauchemars. Je crains que cette chose oubliée ait été guidée hors de la forêt par un esprit imprudent. Simon croit qu’il s’agit des deux disparus de Lac-Chat. C’est possible. Comment en être certain ? Combien d’autres victimes pourront être retracées avec le temps ?

Peu importe. Le monstre est libre et nous sommes malheureusement les seuls mystiques assez fous pour se frotter à lui. Nous devons réparer notre faute. Nous croyons qu’il n’existe qu’un moyen de l’empêcher de croître en puissance : nous devons retourner à la maison en ruine de Beaubonhomme et récupérer les restes du livre déchiré. Le clochard avait vraisemblablement réussi à contenir la chose ancienne qu’il avait libérée sur le monde. Peut-être la statuette est-elle la clé qui nous permettra de lier cet être à l’inaction ? Peut-être encore est-ce le sceptre, comment savoir sans la totalité de l’ouvrage perdu ?

Nous devons à notre tour tenter d’enfermer cet ange maudit. Nous devons le faire avant qu’il ne soit trop tard. L’être grandit. À en croire le Cultes des Sorcières il gagnerait en force avec chaque nouvelle victime.

Comme Beaubonhomme avant nous, notre cabale d’apprentis sorciers a brisé les chaînes de cet ange du mal et libéré le messager maudit. Nous avons répété le sacrilège de cet occultiste slave seulement nous n’avons pas su réagir aussi rapidement que lui ; nous nous sommes enfuis et avons couru durant sept ans en espérant que le prisonnier inhumain se rendorme de lui-même, cherchant à nier notre imprudence, nos actes, nos fautes.

Nos fautes.

Je sais que je ne peux parler d’insouciance dans mon cas. Je connaissais le coût des maux venus de l’oubli et du vide. Crois-moi lorsque j’affirme en avoir trop souvent goûté les remèdes amers et que je crains maintenant le prix que nous aurons à payer pour cette erreur, cet acte lâche motivé par la peur, notre fuite.

Il ne te reste maintenant qu’à chercher à entrer en contact avec moi et me conseiller de consulter un psychiatre. Fais-le ne serait-ce que pour t’assurer de mon état. Si je reste introuvable sauras-tu croire mon histoire ? Si tu ne parviens à retrouver ni Max, ni Simon et si Charles Tonte a disparu, commenceras-tu à t’inquiéter davantage ? Combien de temps laisseras-tu passer avant de te mettre à croire et à réagir ?

Je t’en prie, si tu n’as pas de nouvelles de moi d’ici quelques jours n’attend pas plus longtemps : montre cette lettre à ceux qui sauront ce qu’il convient de faire et tente de sauver ce qui reste de mon âme.

Tu me trouveras peut-être dans tes rêves en compagnie d’Émile et des autres.

Quémandant ta compréhension et ta foi en mes folles histoires,
ton vieil ami dont l’esprit fut trop souvent
noirci par les flammes de la connaissance,

William.