Sur l’accessibilité aux savoirs occultes

Sur l’accessibilité aux savoirs occultes

 

Nous vivons dans une époque fort dangereuse. Je ne parle pas ici de terrorisme ou des risques de pandémie mais bien de la facilité d’accessibilité à l’information. On retrouve trop aisément sur l’Internet les recettes les plus dangereuses. N’importe quel dérangé peut se procurer les plans d’une bombe artisanale sans trop faire de recherches. Il suffit de quelques minutes à peine pour dénicher mille tactiques pour nuire à son voisin. Le dément n’aura qu’à craindre l’historique de son navigateur, un témoin fort bavard mais qui ne s’avancera habituellement qu’une fois les méfaits accomplis. L’État a beau reconnaître ces nouveaux moyens d’investigation, nous sommes encore loin d’un système parfait.

Un danger est encore plus pernicieux parce qu’il ne fait l’objet d’aucune réglementation : l’accessibilité aux savoirs occultes.

Dans ma jeunesse, acquérir ces trésors de savoirs signifiait souvent s’embarquer sur une quête presque mystique. Comme ils ne s’adressaient qu’à une part minoritaire de la population, les livres occultes étaient des denrées rares. Tirés à fort peu d’exemplaires, certains ouvrages étaient très difficiles à trouver. Apprendre l’existence des plus obscurs d’entre eux ne se faisait souvent qu’avec de nombreuses heures de lecture.

Les jeunes sorciers de jadis devaient effectivement traverser certaines épreuves avant de pouvoir toucher aux savoirs occultes. Nous devions collectionner nos contacts et discuter de longues heures de philosophie ou d’alchimie afin de prouver notre dédicace, notre valeur et notre connaissance. Alors seulement ces sorciers en herbe décantaient pour nous leurs sciences et leurs secrets. La quête d’un ouvrage devenait souvent une expérience transcendantale aussi riche que le fruit de ces recherches. Rencontres galvanisantes, épreuves sournoises et coïncidences étranges peuplaient le chemin de celui qui cherche la vérité.

Sur ce chemin, le magicien apprenait à respecter ces savoirs durement acquis. Il en estimait la valeur, la puissance. On peut dire qu’il était en quelque sorte éduqué par le Monde au maniement de ces nouvelles armes.

De la même façon, il est de mon avis que les sorciers d’alors pouvaient puiser dans des réserves d’énergie plus importantes que celles disponibles chez les jeunes sorciers d’aujourd’hui. Des années de recherches permettaient de façonner chez le pratiquant une conviction plus solide, une dédicace forgée avec plus de force. Bien que le mage moderne dispose souvent d’une plus grande panoplie de techniques et de rituels magiques, il souffre souvent d’une foi incertaine, voir d’un scepticisme nocif à ses projets ésotériques.

De plus, il manque souvent à ces jeunes sorciers modernes l’ensemble des éléments d’une pratique ce qui rend fort risqué la moindre tentative de contact avec l’invisible. Puisqu’ils ont accès directement aux formules et pentagrammes anciens, ils ne s’encombrent que rarement des longs paragraphes au vocabulaire archaïque qui instruisent l’officiant sur la symbolique des éléments impliqués dans l’acte générateur. On recopie sans y songer les vocables magiques autrefois si précieux sans en considérer la nature sacrée, sans y inclure les paraboles et les mythes pourtant si importants à leur pleine compréhension. Les mises en gardes et les conseils des anciens se perdent, illuminés jusqu’à la mort par les feux de la pensée moderne.

Enfin, un danger aussi important que pernicieux peut être envisagé par la multiplication des sources de savoirs occultes. La banalisation des anciens rites sacrés risque d’entraîner nombre d’expériences catastrophiques aux mains de néophytes mal préparés. Je veux bien entendu parler de cas de hantise ou carrément de possession. Appeler les forces invisibles sans certaines formes de protection peut en effet s’avérer une entreprise risquée. Malheureusement, les rituels résumés trouvés sur la Toile font souvent fi de ces étapes préparatoires. L’auteur n’a souvent pas tenté lui-même l’expérience et n’a fait qu’un copier/coller sur un passage qui lui a semblé cool afin d’enrichir son Livre des Ombres virtuel.

Comme les sciences occultes ne font pas l’objet d’études sérieuses, elles sont souvent vues avec détachement, voire avec dérision. Pour cette raison, il n’existe aucune réglementation au sujet de la propagation de ces savoirs souvent dangereux. Contrairement aux recettes de mort ou aux abus pornographiques, les sites amateurs étalent ces secrets au grand jour sans faire l’objet de quelque supervision que ce soit.

Mais détrompez-vous, je ne suis pas pour la mise en place d’une telle machine virtuelle. Loin de moi l’idée de lancer une nouvelle chasse aux sorcières. Je suis effectivement d’avis que de dresser une réglementation serrée autour des usages et partages des sciences occultes entraînera le mauvais œil de la populace.

Personnellement, face à la question du partage des secrets d’autrefois, je prône plutôt l’abstinence. Je n’affiche pas en ligne le détail de ma pratique, préférant garder ces informations pour les disciples des savoirs rencontrés individuellement. Que ces rencontres se produisent sur l’Internet ou en chair et en os m’importe peu; je diffuse toutefois mes leçons que sur une base individuelle, m’assurant de communiquer l’ensemble d’un enseignement plutôt que sa forme abrégée et souvent incomplète.

Ramenons l’occulte dans nos savoirs sacrés.

 

 

 

One thought on “Sur l’accessibilité aux savoirs occultes”

  1. On se prépare à rendre accessible un grand nombre d’ouvrages occultes. Lisez-en plus ici:

    http://www.openculture.com/2017/12/3500-occult-manuscripts-will-be-digitized-made-freely-available-online.html

    J’espère que les textes seront retranscrits en entier. Comme ça, les vérités codées dans ces livres occultes ne pourront pas être utilisées hors contexte. Si c’est le cas, ça peut devenir une banque de données richissime!
    Lire les livres de façon intégrale (qu’ils soient virtuels ou physiques) n’est pas la même chose que de feuilleter la Toile pour des éléments sensationnels. L’ennui est que des extraits « juteux » seront invariablement copiés et exposés hors contexte dans des sites moins prudents.

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